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25 mai 2009 : Assemblée des trois conseils

La vie quotidienne des conseils de l’UPMC pendant l’an I de la loi LRU

jeudi 25 juin 2009

Le 25 mai dernier s’est tenue l’assemblée des trois conseils de l’université, sur la convocation du président. Seul point à l’ordre du jour : « compte-rendu de mandat ». Ni le vice-président sciences, ni le vice-président recherche n’avaient jugé bon d’y assister. Quant au vice-président formation, il n’est intervenu à aucun moment, pas plus d’ailleurs qu’aucun des élus EUPEM. Après un exposé d’une trentaine de minutes de J.C. Pomerol, les élus Réinventer l’Université ont diffusé l’intervention ci-dessous, présentée par l’un des leurs. Seul à venir au secours du président, le membre nommé par ce dernier au CA au titre de “chef d’entreprise ou cadre dirigeant d’entreprise” a préconisé l’externalisation des services, jugé inutile que les emplois soient occupés par des fonctionnaires, déploré que les « actionnaires minoritaires » ne fassent pas corps avec la majorité, et préconisé que le CA renonce à ses prérogatives au profit de commissions ne relevant que du président. Ce serait plus simple, en effet...

Réponse de la liste « Réinventer l’Université »au compte-rendu de mandat de J.C. Pomerol

Depuis plusieurs mois, un vaste mouvement s’est élevé, dans tout le pays, contre la politique de destruction de l’enseignement supérieur et de la recherche menée par le gouvernement. A l’UPMC le second semestre a débuté par un mouvement de grève des enseignants chercheurs, première grève aussi massive depuis une dizaine d’années au moins. Elle a été majoritaire en sciences : plus de la moitié des enseignants-chercheurs ont participé aux actions menées. Des assemblées se sont tenues dans toutes les UFR, réclamant à l’unanimité le retrait du projet de décret statutaire et l’abandon de la réforme de la formation des maîtres.

On aurait pu penser que le président de notre université convoque l’assemblée des conseils pour débattre enfin du mouvement qui depuis des mois touche nos établissements d’enseignement supérieur et de recherche, y compris notre campus bien qu’il feigne de l’ignorer. Mais il la convoque uniquement pour lui faire entendre son propre panégyrique, et ses échecs ne seraient dus qu’à une autonomie encore insuffisante à ses yeux. Après avoir apporté leur soutien à la loi LRU en échange de pouvoirs démesurés et d’une prime conséquente, les présidents d’université découvrent naïvement que, pour le ministère, leur rôle est de gérer la pénurie et non de s’emparer des ressources du CNRS et des autres organismes de recherches.

Mais jouons donc le jeu du bilan du mandat. La liste majoritaire aux conseils annonçait dans sa profession de foi :

« Un déficit de représentation, des développements contraires aux missions du service public et des dérives vers une gouvernance autocratique sont possibles dans le cadre de cette loi si l’on n’associe pas l’autonomie universitaire à des pratiques démocratiques. » On s’aperçoit aujourd’hui du caractère prophétique de cette phrase. En effet :

- le CS et le CEVU ne sont que des chambres d’enregistrement des décisions des directoires, les débats attendus étant remplacés par des points d’informations, retirant tout enjeu lors des rares votes ;

- le CA est sommé d’entériner ces décisions sous le prétexte fallacieux qu’il serait anti-démocratique de les contredire, la désinvolture de la présidence allant même jusqu’à ne pas communiquer aux membres du CA les documents préparatoires à ces décisions ;

- pour les autres points qui devraient être débattus au CA, tout se passe dans des instances occultes dont l’accès est refusé aux membres du CA : pour la préparation du plan campus, pour le nouveau système d’informations, pour la gestion de la cantine, le CA n’a vu passer, au mieux, que quelques pages imprécises, et n’a jamais été invité à voter ;

- les membres des conseils reçoivent des documents lacunaires et tardifs, les documents finalement présentés étant rarement ceux envoyés auparavant aux membres du CA ni ceux officialisés par la suite (budget détaillé envoyé au rectorat, plan quadriennal et plan campus envoyés au ministère, appel d’offres etc) ; le comble a été atteint lors d’un CA portant sur la préparation du budget, où aucun document n’avait été transmis ; est-il normal d’être systématiquement obligés de passer par la Commission d’accès aux documents administratifs pour connaître le nombre d’employés du service de nettoyage ou avoir communication des comptes votés par le CA ?

- l’ordre du jour des conseils est dicté par le président qui refuse systématiquement, sous des prétextes juridiques de la plus grande mauvaise foi, d’aborder les questions soulevées par les élus ;

- de même les amendements à des motions à l’ordre du jour sont systématiquement balayés ;

- ce simulacre de démocratie explique sans peine l’absentéisme des élus de la liste majoritaire et des membres extérieurs désignés par le président, dont les procurations permettent néanmoins de tout faire passer, notamment le vote des maquettes de "masterisation", si attentatoires à la jeunesse de ce pays, malgré l’opposition de la majorité des membres élus du CA ;

- il faut également noter l’absence des représentants de la ville et de la région, le président se refusant pour des raisons partisanes à les impliquer dans la gestion de notre université ; il a fallu que par deux fois le CA soit annulé faute de quorum pour que le président se décide à les faire venir, de si mauvaise grâce qu’ils n’ont pas ouvert la bouche pendant toute la durée des débats.

Pour être certain que cette absence de pratiques démocratiques se retrouve même aux niveaux non explicitement prévus par la loi LRU, le président a poursuivi une politique d’affaiblissement systématique des UFR, qui se voient retirer la plupart de leurs compétences dans les domaines de la recherche, de la formation, de la gestion des personnels, de la gestion des locaux. La création d’EFU parcellaires, notamment, a largement contribuée à la destruction de la vision cohérente de l’enseignement qui pouvait être celle des UFR. La confiscation du BQR par le Conseil Scientifique donne lieu à une politique scientifique locale opaque (aucune explication experte sur les refus de financement de projets déposés). Pire, avec la complicité de l’AERES et de sa "notation", les équipes sont créées, détruites ou chamboulées de manière mystérieuse, et de plus en plus de collègues ne trouvent plus de lieux de recherche adaptés. Ainsi vidées de leur substance, les UFR se voient réduites au rôle de « courroies de transmission », leurs conseils sont devenus des lieux où on ne délibère de plus rien d’important, et leurs directeurs les « préfets » du président, chargés d’appliquer sans broncher les directives venues d’en haut. De plus en plus, un mode de fonctionnement vertical, suivant lequel les décisions politiques et budgétaires sont issues de négociations parcellaires directes (forcément inégales) entre chaque laboratoire ou département de formation et la présidence de l’université - court-circuitant les UFR - rend impossible toute cohérence disciplinaire et instaure partout le règne du secret, de la méfiance et du chacun pour soi. Beaucoup de collègues se désinvestissent de l’enseignement comme de la recherche, le départ en retraite n’étant plus envisagé à regret comme auparavant. Comment ne pas déplorer également les déclarations publiques du président, affirmant à ses collègues de la CPU que la loi LRU allait permettre de distinguer « la quinzaine d’universités seules dignes de vivre » ? Comment ne pas désavouer sa participation à la création d’une CPU dissidente (la CURIF) dont il n’a même pas prévenu le CA ? Comment ne pas s’élever contre sa déclaration selon laquelle la présence des étudiants à tous les conseils centraux n’était pas utile ? On a vu le résultat de son arrogance : que devient l’alliance Paris Universitas, en particulier dans le cadre du plan campus ? Demain que décideront l’ENS et l’Observatoire de Paris balancés entre Paris VI et Paris VII ? Avoir fait main basse sur la bibliothèque interuniversitaire P6-P7 est un trophée obtenu dans des conditions trop peu glorieuses (la vacance de pouvoir à P7) pour être sans conséquence dans nos relations avec nos partenaires.

Il y a un peu plus d’un an, dans leur profession de foi, les membres de la liste Réinventer l’université mettaient en garde contre les régressions qui menaçaient l’avenir de nos universités : dévoiement des missions, affaiblissement des institutions, désengagement de l’Etat. L’année écoulée a malheureusement apporté la confirmation de toutes nos craintes :

- mise en place d’une procédure de recrutement des enseignants-chercheurs qui signe la fin du recrutement par les pairs, et le renforcement du localisme par la présence quasi-systématique des directeurs de laboratoires ;

- administration de l’Université confiée à des enseignants-chercheurs qui ne font plus ni enseignement ni recherche depuis des années, leur déconnexion avec les réalités du terrain leur faisant prendre des décisions administratives aberrantes ; cerise sur le gâteau, la comptabilité analytique mal comprise (amenée par la LOLF) fera que le moindre échange ente services fera l’objet d’une facturation interne. Ceci va nous plonger dans un univers auprès duquel celui imaginé par Kafka nous semblera rationnel.

- a contrario, la direction de la recherche, jusqu’ici logiquement confiée à un enseignant-chercheur, s’est vue rattachée au Service d’activités industrielles et commerciales, qui mesurera la qualité des chercheurs au volume des contrats qu’ils peuvent ramener ;

- externalisation, au bénéfice de prestataires privés onéreux, d’activités pour lesquels l’université doit pourtant garder le contrôle : direction informatique décapitée (au lieu de renforcer la collaboration avec l’AMUE), restauration du personnel abandonnée (au lieu de profiter des aides de la région en faveur de l’agriculture biologique à destination de la restauration collective), graves menaces sur le service hygiène et sécurité et la médecine de prévention.

L’arrogance ne suffit pas à dissimuler le déficit de compétences d’une équipe dont les membres sont pourtant en place depuis plusieurs années : incapacité à définir des choix budgétaires, méconnaissances des dossiers, ignorance risible des notions comptables ou juridiques les plus élémentaires, incompétence dans la rédaction des cahiers des charges. Quant au dialogue social, il se réduit trop souvent au mensonge et à la provocation. Qu’on s’étonne ensuite que le personnel en soit réduit à des blocages de conseils pour se faire entendre. Si le personnel de restauration a quelque chance de sauver ses postes et son droit d’expression, c’est bien grâce à la mobilisation massive de tous les membres de l’université, non à la présidence.

Rappelons ici quelques unes des positions que nous continuerons de défendre.

Face à la toute puissance d’une présidence de plus en plus coupée de la communauté universitaire, il est nécessaire de rebâtir des contre-pouvoirs à tous les niveaux.

L’approche que nous préconisons est collégiale et disciplinaire. Nous souhaitons que les UFR, associant leurs conseils, leurs laboratoires et leurs départements de formation, puissent se saisir de tout ce qui concerne leur discipline : recrutements, budget, politique de formation etc. Que leurs décisions doivent s’insérer dans la politique générale de l’établissement, c’est une évidence ; ces choix doivent néanmoins pouvoir faire l’objet d’une négociation globale et équilibrée, qui préserve à la fois les intérêts de l’université et ceux de chaque discipline. Les conseil centraux doivent disposer en temps et en heure de documents complets, leurs séances devraient être publiques, et l’ordre du jour devrait pouvoir être complété par chacun des élus. La gestion administrative et la gestion scientifique ne doivent pas être concentrées entre les mêmes mains. Il n’est pas sain que les mêmes personnes interviennent à la fois dans la définition des profils de poste et dans la sélection des candidats. Le processus de composition des comités de sélection doit être entièrement revu pour que soient garanties l’indépendance scientifique et la collégialité.

Nous demandons que soit mis en place un plan effectif de résorption des emplois précaires. L’utilisation abusive de multiples contrats à durée déterminée successifs est un scandale auquel il faut mettre fin au plus vite.

De véritables possibilités de promotion interne doivent être offertes aux personnels de l’université. De nombreux agents exercent des fonctions qui excèdent leur grade, et leurs compétences doivent être reconnues. Nous voulons un plan de formation ambitieux qui permette d’augmenter de façon significative les chances de réussite aux concours internes. Nous sommes résolument opposés à toute modulation des services des enseignants-chercheurs, synonyme de climat de suspicion et de jalousie malsaine entre collègues.

Enfin, il est urgent de renverser le processus de dégradation généralisée des conditions de travail, qui affecte toutes les catégories de personnel. Nous sommes las d’entendre les présidents successifs se défausser sans cesse sur l’EPA des nuisances du chantier de désamiantage. En tant qu’employeur, l’université a la responsabilité de protéger son personnel et de lui assurer des conditions de travail décentes. Plus généralement, l’indolence qui prévaut en matière d’hygiène et sécurité est inadmissible et irresponsable. Nous appelons les étudiants et le personnel de notre université, quel que soit leur statut, à exiger de la présidence cette autre manière de gérer notre outil de travail.

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