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Université Pierre et Marie Curie

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La vérité sur la cantine et sur quelques sujets connexes

mardi 6 juillet 2010

“I glorie in the curses of my foes

Having the power from the Emperiall heaven

To turne them all upon their proper heades “

(C. Marlowe, Tamburlaine )


Dans un récent communiqué, le président de l’université nous met en garde :

« des organisations syndicales tentent de mobiliser le personnel pour s’opposer aux nouveaux tarifs proposés au conseil d’administration. »

C’est plutôt une bonne nouvelle, puisque c’est le signe que les syndicats s’efforcent de jouer convenablement et honnêtement leur rôle. Ce n’est pas le cas de l’auteur du communiqué qui, pour trahir un engagement pris il y a 15 mois, soulève des arguments sans rapport avec la question, déforme certains faits et en passe d’autres sous silence.

Et de poursuivre :

« comme souvent, on assiste à des amalgames entre la gestion de la cantine qui a été concédée au CROUS , à la demande des organisations syndicales, la politique nationale et les problèmes divers. »

Rappelons déjà que, si la gestion de la cantine a été conservée au CROUS, c’est avant tout à la demande des usagers (plus de 2500 signatures recueillies) et pour éviter qu’elle ne soit confiée à des concessionnaires privés, comme le président s’apprêtait à le faire en prétextant qu’il n’existait pas d’autre choix. On peut bien sûr estimer que la politique sociale de l’université doit rester étrangère à toute considération sur le pouvoir d’achat, l’évolution du point d’indice de la fonction publique ou la hausse annoncée des cotisations de pension et de retraite, et qu’il s’agit là d’ « amalgame ». Mais alors il faut éviter de se livrer soi-même aussitôt à l’exercice que l’on prétend dénoncer, en invoquant à tort et à travers les missions de l’université :

« La principale mission de l’Université n’est pas de payer de la restauration ».

Personne n’a évidemment jamais prétendu une chose pareille. Il est certes légitime de considérer que ce n’est pas le rôle de l’université de fournir à son personnel un service de restauration sociale. Mais pourquoi alors s’arrêter en si bon chemin ? On devrait aussi se demander si, parmi les « principales » missions de l’université doivent figurer par exemple :

  -La création d’une filiale financière de droit privé, au capital de 250 000 €, destinée à prendre des participations de type capital-risque dans des jeunes entreprises (délibération du CA du 21 juin).

  -L’entretien d’un service de « communication » employant 14 personnes et doté d’un budget de 1 421 753 euros (chiffre 2009, en augmentation de 128% par rapport à 2006).

  -Le détournement d’une part croissante des ressources de l’université pour développer des activités de gestion de patrimoine en liaison avec l’accession à la propriété.

  -Le gaspillage de sommes immenses (11 millions d’euros à ce jour) dans le cadre du projet ODISEE pour l’achat d’un logiciel dont on s’aperçoit qu’il est inadapté aux tâches qu’on lui destine.

  -Une politique clientéliste de primes individuelles bénéficiant à une minorité du personnel, et comportant l’attribution de primes particulièrement élevées aux membres de la direction de l’université.

Mais revenons aux tarifs de la cantine. Pour l’année 2009, le budget de l’université a contribué 1 621 985 euros pour 299 000 repas servis. Cette somme représente 0,51 % de la masse salariale et constitue à peu près l’unique avantage social dont bénéficie le personnel. A titre de comparaison, le budget social du CNRS représente 1,64 % de la masse salariale (dont 0,95% pour la restauration), celui de Renault 2,25 % et celui d’Airbus 5%…

En invoquant une augmentation de l’indice des prix qui s’élèverait à 15,6 % pour la période allant de septembre 2002 à avril 2010, le président n’est pas au-dessus d’une petite tricherie : l’indice qu’il utilise est l’indice harmonisé (IPCH), dont l’INSEE précise pourtant qu’ « il est expressément conçu à des fins de comparaison internationale. L’IPCH ne remplace pas l’indice national qui reste l’indice de référence pour analyser l’inflation en France, avec l’indice d’inflation sous-jacente ». L’indice des prix à la consommation (IPC) a en réalité augmenté de 14,06 %. Quoi qu’il en soit, et le point d’indice n’ayant de son côté progressé que de 6,059%, notre pouvoir d’achat s’est trouvé amputé de 7,02 % : en toute logique, les tarifs de la cantine auraient donc dû baisser. A tout le moins, on aurait pu imaginer qu’animé du désir sincère de poursuivre une véritable politique sociale, M. Pomerol s’efforce de ne pas aggraver les effets de la baisse des salaires réels. Mais c’est tout le contraire qu’il s’est proposé d’accomplir. Sans doute a-t-il déjà oublié que, le 19 mars 2009 devant les représentants de l’ensemble des syndicats, il avait pris l’engagement que les augmentations de tarif ne dépasseraient pas celles du point d’indice.

Au surplus, on peut émettre quelques doutes sur la pertinence de l’indice des prix à la consommation en ce qui concerne l’évolution du prix des repas servis à la cantine. L’indice des prix de gros alimentaire (IPGA) serait sans doute beaucoup plus approprié. Mais comment justifier alors des augmentations allant de 6% à plus de 20 %, quand ce dernier indice (en moyenne glissante sur 12 mois pour tenir compte des variations saisonnières) n’a augmenté que de 4,32% entre avril 2002 et avril 2010 ?

Achevons en manière d’ « amalgame » : on peut s’interroger sur le bien-fondé d’une augmentation des tarifs de la cantine, quand on sait que le budget « Réceptions » (compte n°6257, Champagne, petits fours, cigares et restaurants, hors mission) a progressé de plus de 58% entre 2006 et 2009, passant de 741 085 à 1 174 300 euros.

Post Scriptum : Comme on devait s’y attendre, le président, après avoir reçu les syndicats (dont le nôtre), a fini par modérer quelque peu ses prétentions initiales. Nous laissons à d’autres la satisfaction de crier victoire.

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