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Souvenirs de campagne. Mémoires d’un chercheur

jeudi 2 octobre 2008


" Le problème de la politique c’est de comprendre pourquoi les gens combattent pour leur servitude comme s’il s’agissait de leur salut." Spinoza.

Un peu de politique (scientifique) : Les anciens contre les modernes. A moins que ce ne soit l’inverse ...

Un professeur de médecine que nous avions contacté pour figurer sur nos listes et qui, du fait de ses lourds engagements, a décliné sa participation, me dit au téléphone (en substance) : "je voterai pour votre liste mais j’ai l’habitude de parler avec franchise et sans détour, j’ai lu votre profession de foi et celle de la liste présidentielle, et il y a deux trois petites choses qui ne me conviennent pas trop sur la forme dans votre profession de foi. Elle a un petit côté souverainiste, passéiste façon Dupont-Aignan, vous voyez la défense de principes à la Montesquieu de séparation des pouvoirs, de principes républicains et démocratiques, c’est très bien tout cela mais la profession de foi de la liste présidentielle, elle, cherche à projeter un côté moderne, européen, résolument tourné vers les défis du troisième millénaire. Elle met en avant des propositions alors que vous faites "défense nostalgique du passé". Fichtre. A notre époque où la forme compte infiniment plus que le fond, le plan "com" et le "story-telling" est tout, et la pensée critique n’est plus qu’un tic d’intello chiant qui ne passera pas chez Fogiel, je me dois de constater, sans attendre le sondage Mediamétrie, que nous avons perdu les élections avant même d’avoir pu exposer nos idées. C’est dommage. Le "pitch" de ces élections c’était les "anciens contre les modernes", de toute manière les élections sont organisées au pas de charge pour que l’UPMC, première Université française au très excellent classement de Shanghai, soit aussi la première à mettre en oeuvre, avec zèle, la loi LRU pour aller au devant de ce que l’on imagine être les désirs ministériels, (on avait fait pareil pour le LMD, il s’agissait d’être "leader" dans la mise en place du LMD et cela a été un succès extraordinaire), on n’a pas vraiment le temps de vous laisser développer vos idées, vous avez perdu, ils ont gagné. Exit.

Puisque, le surlendemain du dépôt des listes, nous avons déjà perdu les élections avant même qu’elles se soient tenues, je peux prendre le temps de la réflexion : de quelle modernité nos collègues présidentiels se font-ils les chantres ? Si je lis la presse d’Alain Minc, la quintessence de la modernité c’est la disparition de l’industrie au profit de la finance dérégulée façon docteur Folamour. Tirant parti de la dévolution des bâtiments universitaires, nous pouvons vendre les bâtiments front de Seine à la Sogeprom, filiale de la Société Générale, et utiliser cette masse d’argent pour "spieler" (comme disent les traders) un put, ou un call, à effet de levier maximal sur les marchés dérivés (on choisira le marché chinois pour faire plaisir à nos collègues de Shanghai, et, qui de surcroît, est un des plus volatils, l’effet de levier sera encore meilleur). Un problème purement technique restera : titriser les risques de plaques pleurales lors de la démolition de ces bâtiments car les planchers sont un mélange amiante-béton (ceci étant on n’est pas obligé d’en parler ...). Pour avoir vu, dans mon laboratoire où plusieurs cas de plaques pleurales sont avérés [1], l’administration de l’UPMC et de l’EPA "se refiler la patate chaude" pour ne pas intervenir, je comprends que le dossier du désamiantage soit assurément complexe. Le genre de complexité qui fait dire à tout haut fonctionnaire, d’un ton préoccupé, qu’il s’agit d’un problème de santé publique. Dans une des rares interventions du président Pomerol sur cette question, nous l’avons entendu dire à la télévision que justement, si l’université avait été autonome et maîtresse de ces locaux, il aurait su mieux faire avec le chantier de désamiantage (mieux que l’EPA, ou l’Etat, ou les deux, ce n’était pas explicite). Travaillant sur le campus Jussieu je vois depuis des mois trois-quatre ouvriers travailler sur la tour centrale (moins, ou zéro, pendant les vacances) et cinq-six sur le secteur ouest. La location à prix d’or de différents sites et lieux hors campus (une mauvaise langue m’a rapporté que la location de Chevaleret était si onéreuse qu’en trois ans de location le bâtiment aurait pu être racheté entièrement et nous en sommes à ... et qu’in fine la SCPI propriétaire de l’immeuble avait revendu, à un hedge-fund anglo-saxon, cette très rentable vache à lait) est, là aussi, une question fort complexe : les budgets sont "séparés" ce qui explique que l’on peut avoir, au niveau de la comptabilité nationale, une hémorragie budgétaire locative massive [2] et, en paralèlle, des constantes de temps géologiques pour les travaux sur le campus. Et voilà pourquoi votre soeur est muette. N’étant pas moi-même du "bâtiment" je me garderais bien de commenter ces points bien trop techniques.

Cependant, le caractère un peu explosif de ce dossier me laisse penser que ce n’est pas cette modernité financière qui sera mise en avant. J’en ai assez vite la confirmation par un premier courriel intitulé "Table ronde le 1er février aux Cordeliers : Docteurs : la garantie d’une Europe innovante" en présence de notre Ministre, de notre président Jean-Charles Pomerol et du Professeur Jean Chambaz, suivi le même jour, d’un autre courriel du Responsable Bureau Europe Recherche sur le 7ème PCRD-ERC, suivi d’un autre de notre Directrice de la Communication "Donnez votre avis sur le graphisme moderne et européen du futur site web", suivi d’un autre intitulé "Colloque Penser Petaflops, en perspective des initiatives européennes visant à la mise en opération de calculateurs de classe pétaflopique", suivi d’un autre de notre Directrice de la communication sur un site www.universityworldnews.com. qui me donne "The global window on higher education", and, on top of that, from the AERES a "Preliminary assessment Form" concerning the visit of the AERES review committee [3]. Désolé, je me suis emporté : le graphisme du futur site web n’est ni moderne ni européen, il est juste onéreux. Au temps pour moi. Passé l’effet de sidération, je commence à comprendre que peut-être, à l’orée de la présidence française de l’union européenne, les frontières scientifiques de l’hexagone sont en fait l’espace scientifique européen, rien moins.

Attirer les meilleurs chercheurs et enseignants-chercheurs d’europe, et même du monde, avec des salaires et promotions que l’on refusera à nos chercheurs et enseignants-chercheurs déjà en place [4]voilà une tâche exaltante pour nos présidents d’université ayant tout pouvoir, et aucun contre-pouvoir, et qui se rêvent les égaux des présidents-managers d’Harvard ou de Princeton. Nos présidents se verront aussi, sans doute, l’alter ego des grands capitaines d’industrie, tutoyant Bolloré ou appellant Arnaud [5]de son prénom. Sans avoir les pouvoirs absolus promis par la loi LRU, un précédent président de l’UPMC à l’esprit pionnier, avait, si vous me permettez de filer la métaphore financière ou économique, déjà pratiqué le mécano industriel se débarrassant d’un actif de peu de valeur (le CHU Broussais) et fusionnant l’UPMC avec d’autres universités ne correspondant pas à notre coeur de métier, dégageant ainsi de magnifiques synergies. Un superbe mécano industriel que ne renieraient pas les stratèges ayant opéré sur EDF-GDF-SUEZ. Quelques esprits chagrins diront qu’au vu des précédentes conférences des présidents d’universités (CPU), nos présidents d’universités français ont, jusqu’alors, plus tenu des présidents de club de foot de troisième division que des présidents-managers d’Oxford ou du MIT. Les esprits timorés, eux, s’inquièteront de donner de tels pouvoirs de vie et de mort scientifique à des présidents de club de foot de troisième division. Les mauvais esprits s’inquièteront que, par mimétisme avec le grand homme présidentiel, les petits chefs qui peuplent nos belles universités ne deviennent encore plus petits chefs, puisque la loi LRU aura fait disparaître tout contre-pouvoir. Les esprits réalistes redouteront que la loi LRU, sous couvert de flexibilité, d’ouverture et de libéralisme n’engendre qu’un accroissement considérable de la bureaucratie. A cet égard, un exemple parmi des milliers, la mise en place du logiciel SIFAC, que des esprits négatifs qualifieront d’usine à gaz (ce qui n’est pas gentil pour les usines à gaz), qui stresse effroyablement les comptables de nos laboratoires ayant déjà subi la LOLF et un logiciel analogue pour le CNRS, s’effectue, bien sûr, sans aide sérieuse pour la mise en place, et correspond à une vraie réforme structurelle de la gestion : l’administration centrale n’a plus rien à faire, tout le travail étant reporté sur les labos, elle peut donc concentrer toute son énergie, non pas à aider nos secrétariats au bord de l’explosion, mais, au contraire, à jouer les boeufs-carottes [6]. Là encore mon esprit passéiste me joue des tours, je ne vois que le négatif, l’instrument SIFAC est un outil indispensable pour, peut-être pas faire de l’analyse factorielle, mais en tous cas produire à l’envi des camemberts qui vont jouer un rôle déterminant dans certaines présentations Power-Point et certains documents quadrichromie onéreux. Pour prendre une métaphore mathématique il est quand même curieux de constater comment une a priori belle équation mathématique autonomie=liberté, qu’un publicitaire bien connu aurait pu découvrir, lorsqu’on lui applique des conditions aux bords françaises, nous sort comme résultats : plus de bureaucratie, et moins de démocratie.

Si nous reprenons l’exemple de l’implémentation du LMD, de très nombreux enseignant-chercheurs ont joué le jeu fournissant un travail énorme dans la mise au point des programmes, leurs articulations, etc ... Le nombre de réunions, de documents produits fut considérable et très souvent une bonne partie de ce travail n’a aucunement été pris en compte. Nul besoin de détailler les états d’âmes, pour parler par litotes, des chercheurs et enseignant-chercheurs ayant consacré un mois entier à la rédaction d’une proposition ANR et qui furent rejetés au grand casino de la Recherche sans la moindre explication. Cela rappelera des souvenirs à ceux qui ont perdu le même laps de temps à faire des propositions de contrats européens. L’opacité de l’ANR dépasse-t-elle celle des contrats européens ? Difficile à dire. C’est donc le nouveau jeu qu’on nous propose au grand Casino Universitaire : le jeu des "proposals". Que beaucoup de chercheurs vraiment actifs rechignent à jouer, la mise étant trop importante (un mois de perdu à rédiger une proposition) pour une espérance de gain beaucoup trop aléatoire, semble étrange. Pour filer une nouvelle fois la métaphore financière, il faut beaucoup de petits porteurs genre implémentation du LMD, pour que les quelques insiders, vrais initiés et autres alliés ou collatéraux des experts puissent réaliser de gros bénéfices.

Nous avons tous en tête l’exemple de nos collègues professeurs américains qui sont, à leur échelle, de véritables managers de PME : ils n’ont quasiment plus de temps pour faire de la recherche mais passent la plus grosse partie de leur temps à papillonner autour de leurs dizaines de post-docs chinois qui font semblant de faire de la physique ou de la chimie ou des maths (le temps d’apprendre à bien manier l’ordinateur pour aller trouver un vrai job dans la bancassurance), à écrire des "proposals", et prendre l’avion pour Washington pour faire du lobbying à la NSF. Prendre le train pour Bruxelles cela peut être aussi chic que prendre l’avion pour Washington. Beaucoup, dans l’optique de cette loi-LRU donnant tout pouvoir à une poignée, rêvent déjà de quelques épisodes glorieux de lobbying au ministère où ils surferont sur la vague de la seule recherche financée, la recherche court-termiste, en agitant les mots-clefs chatoyants à la mode du moment. Ils se rêvent impressionnant leurs collègues de leurs faits d’arme : écoute coco j’étais à un cocktail au ministère [7], il y a deux jours, et j’ai balancé, à tout hasard, deux trois idées sur un projet cross-fertilisation quantique-bio-nano-théorie-de-la-complexité façon Edgard Morin et un conseiller du conseiller du conseiller du ministre m’a répondu instantanément : formidable faites nous une "proposal". Il faut que je bosse un peu mon business-plan. Quand le manager devient agitateur de tendances, attendant d’être leader d’opinion. Formidable modernité.

Evidemment pour donner beaucoup à certains, et très peu à tous les autres, et éviter ainsi l’horreur du saupoudrage, il faut une évaluation rigoureuse comme celle de l’AERES où des experts nommés dans l’arbitraire le plus total sont les garants d’une évaluation de qualité. Tiens c’est curieux, je n’avais pas réfléchi à cela, le paralèlle avec la loi-LRU est frappant. Puisqu’il ne s’agit pas d’un complot, il ne peut s’agir que d’un projet. Nous allons dans mon laboratoire être évalué par l’AERES. Les collègues de mon laboratoire, et tous les collègues d’autres laboratoires qui ont déjà vécu une évaluation AERES, me rassurent : l’évaluation AERES c’est la même chose que la contractualisation que nous avons vécu il y a quatre ans, avec du jargon de facteurs d’impact et de la bibliométrie en plus. Cela devrait donc se passer aussi bien que la contractualisation il y a quatre ans. Je suis donc rassuré. Il y a quatre ans dans le cadre, du mercato quadriennal, nous étions une douzaine d’enseignant-chercheurs et chercheurs à être en transit de nos laboratoires respectifs vers celui où je suis actuellement. Dans le cadre de l’évaluation ces enseignant-chercheurs et chercheurs furent bien comptés comme membres de ce laboratoire mais, cependant, comme enseignant-chercheurs et chercheurs "non-publiants" car leurs fiches dites "documentaires" (admirable vocable ...), avaient été égarées. Le directoire de la recherche de l’UPMC avait, semble-t-il, été le seul de France et de Navarre, à interpréter les textes ministériels dans un sens où, bien sûr, ces fiches devaient être annexées au dossier du labo de départ et non celui d’arrivée, car, c’est l’évidence, seul le directeur du labo de départ est à même de vérifier si telle ou telle publication du chercheur est un PRL à quinze points et non un vulgaire proceeding d’un petit workshop. Le ministère, en conséquence, affecta à mon laboratoire un budget correspondant à son effectif moins douze chercheurs inactifs, ce qui, en l’occurrence, fait un budget amputé de la bagatelle de plusieurs dizaines de milliers d’euros par année et ce, sur quatre ans (durée de la contractualisation). Détail amusant l’un des douze chercheurs a une liste de publication de plus d’une centaine de publications dans des revues avec referee. Il fut évalué comme non-publiant [8]. Par trois fois un membre éminent du directoire de la recherche de l’UPMC m’a juré-craché que, bien évidemment, il y aurait un avenant, avenant qui ... n’est jamais venu. Quand je pense qu’il y a des chercheurs qui disent que les directoires de l’UPMC sont des structures opaques dont les membres se prennent pour des petits marquis encore plus difficiles à joindre qu’un ministre, c’est faux. J’avais pu voir cette personne par trois fois (au conseil de l’UFR de physique il est vrai). L’ évaluation UPMC sera donc, peut-être pas rigoureuse et juste, mais en tout cas moderne. Me voilà rassuré.

Nous sommes une Université, nous ne dirons donc pas un mot sur les étudiants. LMD a réglé la question de la modernité. Il y a bien sûr deux types d’étudiants très différents, les étudiants en médecine et les étudiants en sciences. Dans le cas des étudiants en sciences, les techniques financières modernes peuvent être appliquées : nous pouvons créer pour cette deuxième catégorie, une structure de défaisance. Suivant la politique du président Béréziat, le recours à la modularité des cours dans le respect strict de l’application des excellents critères San Remo devrait répondre à toutes les questions, l’important étant de ne pas perdre notre patientelle (je voulais dire clientèle, enfin je ne sais plus ...).

A nos collègues de gauche qui redoutent que la loi LRU ne dévaste l’Université comme une révolution reagano-thatchérienne ultralibérale anglo-saxonne, je tiens à les rassurer : il s’agit simplement d’une restauration monarchique bien française (non héréditaire mais définitive). La modernité c’était en fait le retour vers un futur ... antérieur où les directeurs d’UFR de maths s’appeleront des Doyens. N’ayez donc pas peur de Friedrich Hayek (personne n’a d’ailleurs jamais lu Hayek dans le texte). Pour vous réconforter je vous dirais que les tous premiers penseurs économiques libéraux étaient, non pas anglo-saxons mais français, comme par exemple Frédéric Bastiat. L’homme, polémiste, est très agréable et drôle à lire. Comme tout libéral il voit la notion de contrat comme fondamental, mais dans le cadre de règles qui justement font la différence avec un casino ou une jungle dangereuse où le loup est libre dans le poulailler libre. Ce cadre, l’état régalien, et ses différentes notions et concepts précieusement indispensables (la justice, l’armée, ...) qui ne doivent en aucun cas être réductibles au marché, correspondent à la notion "d’externalité". Bastiat ne pouvait imaginer ce que serait la recherche moderne, mais il n’est pas impossible qu’il aurait considéré que la recherche fondamentale était bien trop fragile et infiniment trop précieuse pour ne pas être, comme disent les vrais libéraux, cette "externalité". De surcroît, son esprit polémique libéral avait à coeur de tourner en dérision les structures féodales et médiévales. Le jugement qu’il aurait porté sur la loi LRU aurait sans doute été féroce. Ceci étant, je peux me tromper, c’est humain. Le président Béréziat avait expliqué, dans je ne sais plus quel média en vue, que l’autonomie des universités c’était la bonne vieille autogestion soixante-huitarde [9]. Un collègue me voyant ébranlé dans mon analyse me transmet la photocopie d’un excellent article du président Béréziat dans Télérama [10](29 Août 2006) dont je vous recommande la lecture car il est, comme disent les jeunes, "collector", et vous permettra, tous, de vous faire une opinion définitive sur la LRU bien meilleure que mes pauvres digressions.

A nos collègues du secteur médecine un dernier mot : je comprends qu’ils aient la nostalgie de l’exquise courtoisie d’un président Béréziat [11] ou du charisme de l’actuel président Pomerol. Ces deux remarquables scientifiques sont des personnes encore jeunes et les équipes EUPEM, copie conforme des équipes dirigeantes précédentes, sauront, à n’en pas douter, maintenir en l’amplifiant de façon résolument moderne, la précédente politique, qui a si bien réussi à l’UPMC. Certains de nos collègues du secteur médecine ont certes quelques états d’âmes par rapport à la loi LRU, mais on a calmé leurs inquiétudes en leur assurant que les élus de la liste EUPEM donneraient les pleins pouvoirs de la loi LRU à un despote éclairé. Sont-ils bien sûr qu’il n’y aura pas de retournement de situation de dernière minute durant le vote dans un CA maintenant si dangereusement restreint, leurs élus ne respectant pas, in fine, non pas la notion de mandat électif [12], mais le pacte ? Si j’osais, je suggérerais, à nos collègues du secteur médecine, après avoir fait allégeance à leur Doyen, de glisser, dans le secret de l’isoloir, un vote en faveur de nos listes anti-LRU, osant ainsi une autre forme de modernité, et pour tout dire ... de rupture.

Epilogue : Ce texte qui fut rédigé pour l’essentiel juste après le dépôt des listes ne fut pas mis sur notre site "Réinventer l’Université" avant l’élection car, comme disait Pierre Desproges, si l’on peut rire de tout avec quelques rares individus, et d’un nombre restreint de sujets avec tout le monde, on ne peut rire de tout avec tout le monde. Ce texte n’a donc circulé que sous le manteau entre les membres de notre liste.

La loi LRU avait tout fait pour rendre le scrutin le plus censitaire possible : sur Paris VI il faut une fois et demi plus de voix de rangs B pour obtenir le même nombre de sièges que les rangs A, et pour les biatos, une voix de biatos compte pour quinze pour cent de celle d’un rang A avec trois sièges alloué au lieu des sept sièges pour les rangs A et sept pour les rangs B. Par ailleurs, suivant en cela le mode électoral municipal, des effets de seuil monstrueux sont créés. Une toute petite majorité pour une liste de rangs A offre la moitié des sept sièges, qui comme chacun le sait fait quatre sièges, puis le restant (trois sièges) est distribué au prorata des pourcentages obtenus, soit pour la liste majoritaire en rang A au moins la moitié de trois ce qui, comme chacun le sait, fait deux : donc avec une toute petite majorité on récolte au moins six sièges. On aura aussi compris qu’un nombre de représentant le plus faible possible (21 pour Paris VI) permet un bien meilleur contrôle et des effets de rompus très utiles. Pour peu qu’une liste [13] CFDT permette au président en place de brouiller les cartes sur les rangs B, le vote étudiant (où structurellement moins de quinze pour cent des étudiants non-médecins votent) peut être contrôlé via la corpo médecine.

Tout avait été fait pour que nous ne puissions déposer nos listes (intimidation des rangs A du secteur médecine nécessaires à la validation du dépôt des listes), pour que nous ne puissions diffuser notre profession de foi par la diffusion électronique large de l’université, alors que, usurpant le sigle SNESup-FSU, la liste EUPEM envoyait, elle, sans problème sa profession de foi en se faisant passer pour le SNEsup-FSU [14]. La section SNCS médecine avait également tout fait pour aider EUPEM, en demandant un vote électronique des syndiqués SNCS de nos deux sections science et médecine, l’organisant le plus tard possible, dépouillant les résultats le plus tard possible, puis, comme ces résultats montraient clairement que les syndiqués SNCS de l’UPMC étaient pour soutenir notre liste anti-LRU et non J-C. Pomerol, faisant le mort, et enfin refusant de nous fournir le moindre nom de rang A INSERM anti-LRU nous permettant de valider nos listes. J’avais même, en désespoir de cause, été jusqu’à demander à la section médecine de nous fournir un seul rang A qui, sur des principes Voltairiens ("je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire"), accepterait d’être sur nos listes en position non éligible, et que nous acceptions même qu’il écrive sur notre site web "Réinventer l’Université" qu’il ne participait à cette liste que pour permettre l’expression d’idées anti-LRU majoritaires dans le secteur science, mais qu’à titre personnel il recommandait de voter pour la liste EUPEM. C’ était encore trop leur demander. Enfin, cerise sur le gâteau, après nous avoir dit qu’à leur connaissance aucun SNCS de la section médecine n’irait sur la liste EUPEM et que si certains le faisaient ce serait à titre personnel, nous constations que deux syndiqués SNCS allaient sur la liste EUPEM en mentionant leur appartenance au SNCS alors que notre secrétaire SNCS leur avait très explicitement dit qu’ils ne pouvaient se réclamer du SNCS compte tenu de la position nationale du SNCS et surtout de ce vote démocratique des deux sections SNCS de l’UPMC. Ceci étant pourquoi pas si l’on n’aime ni Voltaire, ni la discipline démocratique, ni la discipline syndicale ...

Comme dans un très mauvais épisode de Jack Bauer dans 24 heures chrono, à quatre heures du dépôt des listes nous n’avions toujours pas, après des centaines de coups de fils dans les dernières semaines, le rang A, INSERM ou PH-PU, nous permettant de valider nos listes. Nous avons malgré tout réussi, in extremis, à déposer toutes nos listes [15].

Ces élections se déroulèrent avec un sens tout poutinien de l’équité. Des urnes furent déposées dans tous les centres hospitaliers de façon que les votants du secteur médecine puissent aller voter en pantoufles, les votants du secteur science, éclatés sur une demi-douzaine de sites de la région parisienne étant priés de se rendre aux uniques urnes de Jussieu. Le résultat du vote dans le secteur médecine fut, pour la liste EUPEM, mitigé chez les rangs B mais fidèle aux plus belles élections biélorusses chez les rangs A. Dans le secteur science les résultats de la liste EUPEM sont en revanche très peu brillants, leur légitimité étant très faible voire nulle chez les rangs B. Mais après tout est-il vraiment nécessaire qu’un président d’une université scientifique ait une quelconque légitimité dans le secteur science ?

Il ne s’agit à cet instant que de l’élection des élus aux conseils centraux. Comme pour les municipales où le vrai pouvoir se décide durant ce que certains appellent le "troisième tour", le président tout puissant de la LRU est élu par le CA, où les élus peuvent renier leur mandat électif et où les plus filandreuses tractations peuvent se nouer et se dénouer. De façon à informer les personnels de l’UPMC et les élus du CA et des conseils centraux, nous demandons, usant en cela de notre droit syndical à diffuser un message syndical électronique à l’ensemble du personnel, à faire diffuser des éléments plus précis du programme de notre liste "Réinventer l’Université" car nous pensons naïvement qu’il peut être utile d’être informé avant de voter. Il nous est répondu que ce droit est suspendu dans l’attente d’une réunion de la Commission des Libertés Syndicales. C’est une décision du président Pomerol. Un droit syndical qui est suspendu et devient, à Paris VI, conditionnel, soumis au bon vouloir du monarque régnant, voilà qui va intéresser les juristes et même les constitutionnalistes. La réunion de la Commission des Libertés Syndicales est fixée à l’avant veille de l’élection du président au CA. Tout le monde avait compris qu’il ne s’agissait que d’une manoeuvre dilatoire, mais pleine d’humour : utiliser la Commission des Libertés Syndicales pour suspendre pendant dix jours une liberté syndicale inaliénable, voila qui renouvelle l’humour juridique français. Cette Commission des Libertés Syndicales s’étant tenue et ayant essentiellement dit qu’elle ne voyait pas où était le problème, nous pouvons enfin diffuser notre programme. La liste présidentielle EUPEM va faire de même et nous allons découvrir un texte qui se termine dans une apothéose de bon goût. Je cite :

" C’est pourquoi il faut bien parler du déficit d’expérience, aussi bien en gestion qu’en recherche, des élus et des personnes pressenties pour exercer des responsabilités dans la liste Réinventer l’Université. Aucune n’a exercé des responsabilités importantes en gestion ou recherche, qui plus est, certaines ont abandonné, contrairement à ce qu’exigerait leur statut, toute activité de recherche, s’ils n’en ont jamais eu. C’est faire preuve d’un grande suffisance ou d’une forte désinvolture vis-à-vis de nos institutions et étudiants que de prétendre diriger sans aucune préparation, ni équipe crédible, la plus grande université de France. "

Un des candidats de notre liste pressenti pour exercer des responsabilités dans la liste "Réinventer l’Université" fulmine. Il a plus de 150 publications, dont plus de 120 dans des revues avec referee, il ne compte plus ses conférences invitées, il fut chargé de mission au CNRS il y a une vingtaine d’année en même temps que Catherine Bréchignac, dans ce qui s’appellait alors SPM. "Ce dernier paragraphe est d’une telle bassesse, je ne comprends pas que leurs deux élus du secteur science aient pu signer un tel torchon". On lui répond qu’ils ne l’ont probablement pas relu, ni même lu. Cette envolée lyrique est trop caractéristique de certaines personnes que nous ne connaissons que trop.

A l’élection des représentants au CA (le seul véritable enjeu de pouvoir dans le cadre de la loi LRU puisque seul le CA fait l’élection du président qui après a tout pouvoir) notre liste et les syndicats alliés [16] à notre liste obtinrent quarante huit pour cent des voix contre vingt six pour cent pour la liste présidentielle. Des esprits naïfs pourraient dire que les dix huit pour cent du SGEN-CFDT sont à compter de notre côté (anti-LRU) puisque leur campagne peut se résumer en : "la loi LRU est dangereuse il faut lui mettre des garde-fous ". Plus précisément on peut voir que le vote CFDT est surtout un vote de rangs B et très peu de rangs A. On voit mal des rangs B voter pour une loi qui est une machine de guerre contre les EPST (le CNRS, l’INSERM) et qui donne tout pouvoir à une poignée d’oligarques rangs A. Disons que les voix CFDT c’est un peu comme les voix du MoDem, soit on les coupe en deux, soit on ne les prend pas en compte. Donc le résultat est soit : nous 48 pour cent et EUPEM 26, ou bien nous 58 pour cent et EUPEM 36.

Les dix derniers jours avant l’élection au CA les deux listes qui s’opposaient avaient parfaitement compris que l’élection se ferait sur l’unique représentant SGEN-CFDT, les deux bi-atos indépendants, et les quatre représentants étudiants. Chacun faisait et refaisait ses comptes et il était clair que le sort de l’élection se ferait à une voix près.

Comme pour les municipales où personne ne s’intéresse aux petites villes et cantons, seuls comptent les grandes villes du journal de 20 heures : Marseille, Toulouse, vont-elles basculer ? Pitte va-t-il perdre la Sorbonne et Paris VI va-t-elle basculer dans la loi LRU ou sera-t-elle un pôle de résistance à cette loi qu’un Montesquieu aurait certainement qualifié d’illégitime car ne respectant pas "la nature des choses". Pitte qui a affiché son soutien à la loi LRU [17] ayant perdu le bastion de la Sorbonne, c’est Paris VI qui, en cas de victoire des supporters de la loi LRU, va devenir, du jour au lendemain, considérable, la première Université de France et de Navarre, première, rappellons-le lourdement, au très excellent classement de Shanghai. Même si les élections universitaires dans tous les petits cantons universitaires de province tournent à la déroute pour l’adhésion des coeurs et des âmes à la loi LRU, le basculement de l’Université Pierre et Marie Curie dans la loi LRU sera le signe évident aux yeux de tous les lecteurs des Echos que le monde universitaire a su faire le bon choix de la modernité et de la réforme. La France dispose enfin de ses Princeton, Harvard et MIT, il est donc grand temps de démanteler les EPST et en particulier ce CNRS fondé par des Joliot-Curie et autres ringards gaullistes, la découpe du CNRS en holdings d’Instituts donnant par avance les pointillés du découpage. L’éradication de la recherche fondamentale française pour toujours sur tout le territoire national va donc se jouer sur le résultat d’un processus en apparence aléatoire, le vote de sept représentants qui ne sont pas véritablement liés par une notion de mandat électif. Le dieu universitaire, qui doit être un grand amateur de la théorie du chaos et de l’effet papillon, est semble-t-il un être délicieusement facécieux. Je le soupçonne cependant d’être un tantinet pervers. Ainsi la représentante de l’UNSA (première de la liste UNSA et donc seule élue UNSA) est la secrétaire de Jean-Charles Pomerol, un peu comme si l’Equateur ou le Vénézuela, sur une question particulière délicate et tendue avec la Colombie, prenait une otage des FARC comme ambassadeur.

L’élection du président au CA se fit le jeudi 13 mars aux Cordeliers (lieu probablement symbolique puisqu’il s’agissait de pendre le secteur science de l’UPMC). M’étant rendu sur les lieux de l’éxécution, je vois à une interruption de séance ressortir décomposé un des élus au CA de notre liste "Réinventer l’Université". Coup de théatre : l’étudiant UNEF a fait une très longue explication de vote. Il a expliqué pourquoi l’UNEF votait J-C. Pomerol : parce qu’ils aiment bien Monsieur Michel Bara de la Direction des Etudes, qui part à la retraite [18]. Ce collègue accuse d’autant plus le coup qu’il avait posé par trois fois la question de son vote au CA à cet étudiant UNEF. Logiquement l’UNEF devait voter anti-LRU, mais puisque le vote est tellement serré, tout se jouant à une voix près, il était nécessaire d’avoir quelques éléments de certitude : si cela va sans dire, cela va encore mieux en le disant. Par trois fois celui-çi lui avait dit "je n’ai qu’une parole, tu ne doutes quand même pas de ma parole". Je ne lui demande pas si un coq avait alors chanté car je le sens imperméable à tout humour et moi-même je commence à douter du tiers exclu. Puis je vois alors l’unique élu CFDT du CA, qui a, lui aussi, voté Pomerol avec l’explication de vote suivante : " ce n’est que l’élection du président et pour la suite, nous saurons être vigilant." Je lui rappelle que la loi LRU donne absolument tout pouvoir au président et que, si cela ne suffisait pas, les cinq personnalités extérieures du président (qu’ils vont entériner dans quelques minutes après cette interruption), lui donne pour toujours une majorité totale et définitive. Je ne vois pas ce que le mot "vigilant" veut dire ici, si ce n’est une figure rhétorique qui tient à peine debout. Les personnels qui ont voté CFDT en général, et, pour lui en particulier, sont des rangs B, soucieux de la défence des EPST, du statut de chercheur CNRS ou INSERM, et qui ont sincèrement cru à leur campagne "la LRU est dangereuse, mettons des gardes-fous". Voter pour le candidat ouvertement pro-LRU alors que tout le monde a compris que la LRU est une machine de guerre contre les EPST, et est une étape nécessaire pour effectuer leur démantelement, c’est un 180 degré dialectique. Il est clair que le basculement de l’UPMC (première université à l’excellent classement de Shanghai) dans la LRU permettra de dire sur toutes les ondes que les universités françaises sont maintenant autonomes, que ce sont elles qui conduisent la recherche française, qu’on le peut, et même que l’on doit, donc démanteler le CNRS et l’INSERM. Je termine en lui disant qu’il porte en ce jeudi 13 mars 2008, une responsabillité nationale et historique : celle de la destruction de la recherche fondamentale en France. Je reviens dans mon laboratoire et explique à mes collègues chercheurs et enseignant-chercheurs l’élection du candidat pro-LRU et les précédents détails. "L’UNEF qui vote pour les mandarins hospitalo-universitaires ! Alors ça c’est rock-and-roll !", me disent-ils. "On savait que l’UNEF c’était la pouponnière du parti socialiste mais là, l’histoire s’accélère : ils passent directement de la case UNEF à la case Eric Besson ou Jean-Marie Bockel, sans passer par la case Bruno Julliard." "T’es vraiment un gros nigaud : Pomerol a du leur promettre la VPE [19] et comme il a du faire la même promesse à Forum, qui a quand même eu sensiblement plus de voix, cela va être sportif au prochain Conseil du CEVU quand Forum va s’apercevoir qu’ils se sont fait rouler dans la farine." Ceci étant Forum, qui a sans doute voté Pomerol, n’est pas au bout de ses surprises. Un truc important pour les étudiants médecine était le calendrier du P₁. Pour corriger la première partie du concours il faut au moins deux mois incompressibles. Quand Porcheron [20]va leur expliquer que ces deux mois seront quinze jours car "l’intendance suivra", ils n’auront plus de doute sur le fait qu’ils se sont fait complètement rouler dans la farine. Je leur suggère, pour rire, d’aller discuter avec "l’intendance". "C’est entendu, le vote étudiant c’est n’importe quoi, mais la CFDT, quand même cela me rend triste ..." "Mais tu rêves ! La CFDT à Paris VI a toujours été un syndicat patronal soucieux d’être dans toutes les commissions, directoires et autres prébendes. Renseigne-toi sur ce qui c’est passé à la scolarité c’est édifiant. En parlant de scolarité la prochaine rentrée elle va vraiment être rock-and-roll ! Puisque les membres d’EUPEM sont, par définition, de remarquables gestionnaires, tout va se passer aussi bien que la dernière fois, à n’en pas douter ! Ceci étant le SNESup Paris VI c’est pas mieux : dans les dernières années il a été noyauté par la section médecine qui n’a jamais été qu’un club de vieux mandarins hospitalo-universitaires avec leurs alliés et collatéraux, le SNCS section médecine et autres porte-cotons, bref un club qui se réunit juste tous les quatre ans pour se partager le pouvoir, la CFDT c’est presque glorieux en comparaison. " "Mais justement notre liste c’est une refondation, le retour aux vraies valeurs syndicales ...". "Plus niais que toi cela n’existe pas ! Vae victis ! C’est les vieux crocodiles du marigot hospitalo-universitaire qui ont maintenant tous les pouvoirs de la LRU. Nous basculons dans un univers féodal pour toujours. Je serais toi je ne bougerais plus et attendrais tranquillement de recevoir ma lettre de cachet, il paraît que notre despote éclairé est assez rancunier. Ceci étant c’est une clarification des perspectives d’avenir pour les biatoss, les rangs B du secteur science et pour l’avenir du CNRS. Cela tient en un seul mot : désespérant. Pardon j’oubliais ceux qui ne sont pas encore salariés biatos ou rang B, deux mots donc : précaire et désespérant. " (Un autre intervenant, ancien de la rue d’Ulm, qui se pique de culture) "Qu’on en finisse ! Qu’ils aillent au bout de leur idéologie en donnant tout pouvoir à quelques oligarques, qu’ils détruisent toute évaluation sérieuse, qu’ils détruisent le CNRS et le statut des chercheurs et précarisent toujours plus les jeunes chercheurs ! S’ils espèrent attirer la moindre mouche normalienne ou polytechnicienne avec un tel vinaigre ... Que les étudiants subissent toutes les conséquences de leurs votes ! En ce qui me concerne j’espère que toutes ses réformes idéologiques iront jusqu’au bout de leurs délires. Je n’ai plus qu’une espèce de "Schadenfreude" à voir l’écroulement de tout ce qui a constitué ma vie de chercheur. "

(Un troisième intervenant, très pince sans rire) " Personnellement je crois qu’il faut voir cette éradication de la recherche fondamentale française comme un acquis de la réforme : un très bel exemple de destruction créatrice Schumpétérienne qui ferait plaisir à Guy Sorman. "

Tous les premiers conseils centraux se sont maintenant tenus et les membres extérieurs furent désignés. Dans sa sagesse notre monarque éclairé écarta tous les membres extérieurs que nous avions suggérés [21], rompant ainsi la promesse électorale d’ouverture qu’il avait faite. Les membres extérieurs du CA imposés sans discussion par J-C. Pomerol sont, à part un directeur d’hôpital hors classe, et Jean-Jacques Gagnepain : un banquier d’affaires, un membre du Conseil économique et social groupe CFDT, un professeur de l’ULB s’occupant du processus de Bologne au niveau mondial. Denis Gautier-Savagnac n’était apparemment pas disponible.

Pour la petite histoire dans la catégorie "promesse" : le vote du VPE au CEVU n’a pas abouti à l’élection du candidat UNEF.

Nous pouvons maintenant constater que le projet d’établissement que l’on nous avait transmis 24 heures avant l’élection au CA, une soupe d’acronymes et de jargonnades de 60-70 pages qui aurait pu faire le miel de quelques trissotins et autres précieuses ridicules modernes, s’est accru le surlendemain d’environ cent pages, passant à 171 pages, preuve de la formidable efficacité et puissance de travail des équipes EUPEM. Il nous chante maintenant un merveilleux chant d’amour à l’Autonomie (Introduction "La marche vers l’Autonomie"). Rien n’est chiffré. La loi LRU c’est donc la liberté de s’affranchir des réalités et contraintes comptables [22]. L’ excellent Paris Universitas est cité à chaque page. En revanche, si rien n’est dit sur les mathématiques à l’UPMC [23], nous apprenons qu’il faut favoriser les synergies au sein du pôle [24] ... en s’appuyant sur les politiques scientifiques des composantes, et en mettant en place des interfaces opérationnelles pérennes. Si cela va sans dire, ... Nous apprenons aussi que l’UPMC souhaite que les chercheurs des EPST dans ses unités mixtes soient également évalués sur leur capacité à participer à la formation par et pour la recherche. Les chercheurs CNRS de l’UPMC exultent par avance.

Concernant les étudiants on a très longuement discuté de l’insertion de quelques polytechniciens dans le secteur médecine, et de filières pour quelques 400 étudiants d’élite, et pas du tout du reste des étudiants. Vous aurez compris que le reste des étudiants n’est que du lest, vous savez, cet ensemble de poids que l’on arrime dans le fond des embarcations.

Avec le recul nous pouvons maintenant affirmer que chaque nouvelle réunion des conseils centraux de l’UPMC confirme la nature despotique de la gouvernance en place, même sur les dispositions les plus mineures.

Sur le versant recherche la situation est tout aussi préocuppante. Localement, la visite de l’AERES dans mon laboratoire fut une farce. Je viens de recevoir le rapport de l’AERES concernant mon laboratoire. Ce rapport est rédigé en anglais (no kidding !). Je croyais cela illégal, mais le respect des lois de la République ne semblent plus une question pertinente face à l’ardente exigence de modernité et de soumission à la technocratie européenne.

Plus globalement, le 19 mars 2008 sur le site de SLR je peux voir un article d’Alain Trautmann, "Organisation de la recherche : bientôt la vente à la découpe." Après une très forte mobilisation, les chercheurs et enseignant-chercheurs de base obtiennent l’annulation le 19 juin du CA du CNRS qui devait avaliser la "réforme" du CNRS. Un CA fort peu glorieux suivra deux semaines plus tard avalisant la "réforme" du CNRS. Comme tous mes collègues du CNRS, j’ai reçu un document attaché m’informant de la découpe future du CNRS en holding d’Instituts et la création de postes de CNRS junior [25] et CNRS seniors [26]. A terme c’est la disparition des chargés de recherche. Bref, les chercheurs CNRS deviennent une réserve d’indiens. La place est maintenant libre pour dé-UMRiser les chercheurs en opérant leur tri sélectif entre UMRC et les UMRU de nos Universités devenues autonomes. A cette fin la DPA (du CNRS) avec son organigramme chargé comme un arbre de Noël, continue sa bibliométrie en folie et s’improvise agence de notation des UMR du CNRS. Gageons que le travail ainsi réalisé sera d’aussi bonne qualité que celui réalisé par ses grandes soeurs les agences de notation financières.

La crise des subprimes fait maintenant vaciller Wall-Street au point que G.W. Bush en appelle à ce gueux d’état-contribuable pour remplir le trou sans fond d’une structure de défaisance. Après la disparition du mur de Berlin, serait-ce aussi la fin des dogmes libéraux ? La loi LRU avait été vendue comme d’inspiration libérale. Gageons que la mise en application de la loi LRU ne devrait nullement en être affectée, sa vraie nature étant profondément féodale. Décidement l’ Histoire s’accélère, il faut vraiment que je me hâte.

Comme disait Beaumarchais "hâtons-nous d’en rire avant que d’en pleurer".

Notes

[1] Dans mon ancien laboratoire un ami IATOS est même décédé d’un cancer foudroyant

[2] J’espère que la Cour des comptes ne lira pas mon petit texte

[3] No kidding the document is actually in english et est joint à un carnet de visite sur les rôles du comité de visite et autre jargon sur la gouvernance et la prospective sur les créneaux scientifiques porteurs.

[4] A quoi bon promouvoir nos maîtres de conférences ? Ils sont là de toute manière. Achetons plutôt des stars sur le mercato scientifique.

[5] Arnaud Lagardère.

[6] Tout comme la LOLF qui n’empêche pas les réels abus mais rend fort complexe l’achat des taille-crayons, on peut espérer que la main invisible d’Adam Smith recréera un équilibre, cette plus grande rigidité au niveau local des laboratoires se voyant compenser par une créativité financière accrue au niveau du budget global des universités, les crédits d’impôts, et autres préciputs faisant perdre toute notion, à tous et chacun, des périmètres véritables des budgets, un mouvement de créativité que ne renieraient pas nos financiers et leur jeu de présentation hors bilan aux actionnaires.

[7] Toute ressemblance avec un enseignant-chercheur existant ou ayant existé à Paris VI ou VII serait parfaitement fortuite et ...

[8] Pour ma part je crains de ne pas être présent à l’examen par l’AERES des quatre années de production de mon laboratoire, car je serai à une conférence en Australie. J’ai non-publié un certain nombre de publications durant ces quatre années et personne ne soutiendra mon dossier. C’est dommage !

[9] Il est vrai que Cohn-Bendit est maintenant un libéral. Tout cela est bien compliqué.

[10] Télérama 3007 ; 29 Août 2006 ; L’entretien Spécial rentrée ; "L’Université serait folle de ne pas s’emparer de cette réforme", L’entretien avec Gilbert Béréziat, propos recueillis par Emmanuelle Anizon et Gilles Heuré, photos Guillaume Rivière.

[11] De mauvais esprits m’ont informé que le président Béréziat était prompt à utiliser les ressources du service juridique de l’UPMC pour faire des procès aux membres même de l’UPMC. Il ne peut s’agir que de viles calomnies. Je profite néanmoins de cette note de bas de page pour, très humblement, rappeller au président Béréziat, à qui je n’ai fait que des compliments dans tout ce texte, ce que les juges lui ont rappellé : la liberté d’expression syndicale est un droit constitutionnel inaliénable.

[12] Ce sont des vieux trucs ringard de notre liste.

[13] Sans être un génie du comptage électoral tout le monde a compris que la CFDT en présentant dans le cadre d’un tel scrutin ultracensitaire une troisième liste aidait Jean-Charles Pomerol du mieux qu’elle le pouvait tout en se donnant un (faux) air d’opposant.

[14] Sur le site web officiel de l’UPMC on peut lire : Içi, comme à Créteil, le soutien apporté par les directions nationales du SNESUP et du SNCS à des listes composées de personnes sans expérience de la gestion de la recherche -au détriment des syndiqués fortement engagés dans les équipes présidentielles et la gestion de la recherche et de l’enseignement supérieur- risque, s’il se généralise, de précipiter ce que ces directions disent craindre : des universités à deux vitesses, celles où la recherche a toute sa place et celles où la recherche est accessoire. Il est réconfortant de constater quà l’UPMC ce sont les étudiants et les personnels qui ont clairement rejeté le second modèle. Il est amusant de voir comment des gens qui ont usurpé l’acronyme SNESUP-FSU stigmatisent maintenant le fait que les directions nationales du SNESUP et du SNCS, conformément à leurs positions nationales anti-LRU ont simplement fait preuve de cohérence intellectuelle et morale en soutenant notre liste intersyndicale anti-LRU comprenant le SNESUP et le SNCS.

[15] Je ne vous raconte pas tout si vous le voulez bien.

[16] Tous les syndicats sauf ... la CFDT.

[17] Ce qui, probablement, l’a fait perdre même si son opposant n’était pas un farouche détracteur de la loi LRU.

[18] Vous avez du mal à comprendre, nous aussi ...

[19] Vice-présidence étudiant du CEVU.

[20] Direction des Formations.

[21] Jean-Pierre Grunfeld, Jean-Pierre Kahane, Pierre Larrouturou, Patrick Pelloux, Muriel Prudhomme, ...

[22] Ainsi que l’a compris l’université Paris-Dauphine en cherchant immédiatement à augmenter considérablement ses droits d’inscription.

[23] A quoi bon ...

[24] Le pôle Modélisation et Ingénierie dans lequel les mathématiques pures et appliquées sont un sous-sous-item. Les mathématiques pures et appliquées si vous ne le saviez pas c’est : l’analyse numérique, probabilités et statistiques, mathématiques financières, applications dans le domaine de la chimie, des plasmas, du traitement du signal ...

[25] En fait un poste de maître de conférence avec décharge d’enseignement payé par le CNRS. Les candidats passeraient un double concours Université et CNRS.

[26] Il n’y a, semble-t-il et c’est assez cruel, pas assez de postes à l’IUF ...

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